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  • : L'imagination en elle-même est une critique de la convention
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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 16:26
LA PROSTITUTION AU MOYEN AGE


Un Edit de 1254, menacera toute personne pratiquant la Prostitution. Cet Edit sera révoqué 2 ans plus tard, qui réglementera cette activité publique. La prostitution sera boutée hors de l'enceinte de Philippe Auguste. Ces dames de petite vertue s'installeront dans des baraques en "bords" planches- en dehors de la ville, qui prendront le nom de bordes. Elles même seront des filles bordelières, dont est sorti le nom de bordel.
Je vous propose le plan suivant:
1 Les origines de la prostitution
2 Les évolutions au cours du Moyen Age
3 Les types de prostitution
4 Les pratiques sexuelles
5 Etre prostituée au Moyen Age

I-ORIGINE DE LA PROSTITUTION

La misère alimente le marché de la prostitution et assure un moyen de survie. Toutefois, il faut admettre que cet état est très rarement choisi. Des épouses ou des filles peuvent être contraintes par leurs familles à la prostitution.

1) La contrainte
De plus, la contrainte peut prendre d’autres formes. En effet, des filles peuvent y être entraînées par déshonneur.
Accusée d’être déshonnêtes pour avoir ri avec des hommes, violées, elles se retrouvent dans l’incapacité de regagner la norme sociale. Le viol est souvent pratiqué : jeunes filles, femmes mariées, religieuses, en sont les victimes.
Le viol est considéré comme un crime diversement réprimé suivant la qualité de la victime, jeune fille vierge, femme mariée et religieuse, l'agresseur risque la pendaison. S'il s'agit d'une victime de condition modeste, une indemnité seule sera versée à l'intéressée.
Mais on pouvait violer lors des Fêtes et réjouissances, après un abus de nourritures et de boissons. Le viol individuel et collectif était d'une telle banalité, qu'il pouvait être considéré, comme un rite de virilisation.

2) La domesticité
L’entrée en domesticité est une autre forme de contrainte, d’exploitation. Pour se débarrasser d’une bouche à nourrir, des filles étaient mises en domesticité. Non rétribuées, elles se trouvaient soumises à l’autorité du Maître.
Aux confins de la prostitution, ce mode d’exploitation était répandu dans les campagnes et chez les artisans.

3) L’esclavage
L’esclavage, dans les pays méditerranéens avait toujours cours. Des esclaves venant des pays grecs et d’Orient étaient utilisées comme concubines pour un maître ou ses fils. Toutefois, cela reste un phénomène social marginal.

3) Du libertinage avant l’heure ?
Enfin, certaines femmes aisées, de bonne situation sociale pouvaient se permettre de choisir leurs amants, si elles avaient assez de soutiens. Ce n’était pas pour autant des courtisanes recherchées pour leur art( phénomène qui n’apparaît qu’au XIXeme).

II- LES ALEAS DE LA PROSTITUTION AU COURS DU MOYEN AGE

Si la croissance urbaine et la diffusion du système monétaire furent à l’origine du développement de la prostitution, elle avait été déjà objet de législation : Louis le Pieu, héritier de Charlemagne s’insurgeait déjà contre les « meterices » qui peuplaient le palais et les églises palatines.

Au XIIeme siècle, avec l’essor urbain, les villes se mettent à légiférer sur la prostitution. Si l’Eglise incite à la chasteté, elle prend en compte les réalités sociales et incite aussi à la charité à l’égard des prostituées. Toutefois, la cohabitation entre familles « honnêtes » et filles perdues, n’est pas toujours aisée.
Vont se succéder des périodes d’intolérance et de laxisme, en sachant que c’est ce dernier qui triomphe.
Ainsi, le Roi Saint Louis de 1226 à 1270, Edit de 1254, prône l'extradition pour toutes personnes exerçant officiellement ce métier. La prostitution clandestine se substitua donc à celle des maisons qualifiées maisons de débauche. Une forte répression s'en suivi. Les hommes se plaignirent de ces restrictions, les viols se multiplièrent, les épouses et leurs filles devaient lutter contre la violence canalisée autrefois par les bordels. L' Edit fut donc révoqué.

III- LES TYPES DE PROSTITUTION

Toutes les femmes dites impures ou damnées n’étaient pas « logées à la même enseigne ». On dénombrait plusieurs types de prostitution, depuis les filles publiques jusqu’aux femmes infidèles en passant par les filles secrètes et les vagabondes.

1) La forme « sauvage »
La forme la plus répandue et aussi la moins saisissable fut la prostitution de vagabondage ; les prostituées allaient de grandes foires en foires rurales, de marchés en marché. Cela correspondait souvent à la déchéance ultime de la fille perdue. Ainsi, dans la campagne, des filles vagabondent de village en village, en fonction notamment des marchés, moissons, vendanges.
C’était dans cette catégorie qu’étaient plus ou moins entrées les filles secrètes qui racolaient le long des fossés, à l’abri des jardins ou des ponts. En ville, ces « fileuses » ou lingères étaient très souvent des prostituées occasionnelles.

2) Les Bains
Le lieu de prostitution le plus répandu était l’étuve ou les bains. Si la division entre les sexes était respectée, elle était toutefois fragile. Ainsi, les servantes étaient dites, en Allemagne, des « frotteuses ». Dijon comptait 8 établissements de bains. Celui de la paroisse de Saint Jean était tenu par une femme qui avait assez d’appuis et d’énergie qu’elle attirait les bourgeoises qui venaient plus pour le plaisir que pour se laver.
Pour tenter d’enrayer ce phénomène, des réglementations strictes sur les horaires d’ouverture pour les hommes et pour les femmes ont été publiés : sans succès.
Pour mémoire, nombre de ces étuves et bains se trouvaient en bord d’eaux, origine possible des bordeaux… bordels !

3) Les auberges
Les auberges et tavernes étaient de lieux de consommation de chairs. Ainsi, les prostituées pouvaient y travailler, dans la mesure où elles poussaient les clients à la consommation. Comme dans la plupart des bordels, les filles payaient la chambre et la nourriture au tenancier, appelé au « abbé ». Les femmes pouvaient manger ou non à sa table. Dans ce cas, elles devaient lui verser 12 deniers pour chaque repas le matin et le soir. Sinon "l'abbé" leur vendait la nourriture. Chacune versait 6 deniers par jour, pour la chambre, le lit, le feu, la lumière et le service. Le client qui voulait rester la nuit devait payer un supplément pour le lit, au bénéfice de « l’Abbé ».

4) Les Maisons privées
La prostitution peut s'exercer aussi dans de petits bordels privés où des maquerelles mettent deux ou trois filles à la disposition de leurs clients. Ces tenancières font parfois appel à des prostituées indépendantes qui racolent dans les tavernes, voire dans la rue.
Ce phénomène est à lier avec les règlements en vigueur. En effet, elles avaient l'obligation de rester dans les endroits réservés n'est pas rigoureusement observée. Selon une ordonnance de 1420, les filles ont envahi plusieurs bonnes rues de la Cité où certaines ont acheté des maisons et tiennent taverne ; d'autres dans des boutiques, sous le prétexte d'une profession, reçoivent des clients de jour et de nuit.

5) La « maison » publique
Le bordel public ou municipal n’apparaît qu’à la fin du Moyen Age lorsque l’on reconnaissait une utilité sociale à la prostitution, utile pour lutter contre les viols et « déviances ». Ces bordels sont affermés à un tenancier ou une tenancière contre une somme qui servait à l’entretien de la maison ou à des donations pieuses. Ainsi le « fermier » se remboursait sur ses filles. C'est d'ailleurs lui qui procède au recrutement.
L’exploitation y était donc très forte même si les « pensionnaires » étaient protégées par des lois municipales. Généralement, travailler dans un de ces établissement était jugé, pour les prostituées, infamant. L’investissement pouvait s’avérer si rentable que des institutions religieuses en vinrent à y participer (Séville au XVIeme siècle).
Ces filles racolaient en pleine ville et ramenaient leurs clients dans la maison où un bon repas précédait souvent les ébats amoureux.

6) Les « bordels » à domicile
Dans de rares cas, il existait aussi des prostituées entretenues au sein même des hôtels royaux et princiers. Ces filles demeuraient dans des chambres basses, en compagnie des hommes de peine.
Mais leur fonction consistait aussi à tenir « compagnie » aux hôtes de passage. Un officier, le roi des ribauds, les recrutait et les gérait.
Les filles ordinaires se distinguaient des filles extraordinaires, louées occasionnellement pour des festivités. Au milieu du XVe siècle, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, fit préparer des bains « avec tout ce qui est nécessaire au métier de Vénus », pour honorer une ambassade anglaise attendue à Valenciennes.

Pour conclure sur cette partie, on estimait qu’il y avait une certaine hiérarchie : au sommet, les filles publiques, puis celles des étuves et tavernes et tout en bas, les vagabondes.

IV- LES PRATIQUES SEXUELLES

Il est évident que l’Eglise limitait l’acte sexuel au mariage. La chasteté était privilégiée. Sous l'influence de l'Église, le terme de « fornication » désignait, au Moyen Âge, toute forme de relation sexuelle hors mariage et non plus, comme à Rome, le commerce avec des prostituées

1) Sexe et Religion
Toutefois, à partir du XIIIeme siècle, une distinction est faite entre la fornication et la fornication qualifiée.

La fornication simple est celle qui lie un homme et une femme hors des liens du mariage. Ce sont des péchés que l’on peut pardonner. Ainsi, dans la mesure où l’exercice de sa pratique ne l’oblige pas à avoir commerce avec un membre de sa famille ou de l’Eglise, elle pouvait être pardonnée.

La fornication qualifiée était un péché mortel : inceste, sodomie ou toute activité sexuelle sans visée procréatrice (ce qui englobe selon moi, beaucoup) et bestialité.

2) Pratiques générales
D’une manière plus générale, les pratiques sexuelles sont difficiles à cerner. Pour s'en faire une idée, on ne peut s'appuyer presque sur les recommandations religieuses.
Ainsi, au lit, la femme devait être passive et l'homme, actif, sans emportements. L'Eglise voyait d'un mauvais oeil la notion d'orgasme, qui était vu comme un déréglement de l'esprit, comme une sorte « épilepsie ».
Rusticité et machisme dominaient donc. Les hommes allaient au bordel pour « labourer » ou pour « chevaucher ». Ils restaient donc dans les « clous » de la morale chrétienne, où toute pratique déviante était plus ou moins interdite.
Le « Décret » de Brocard, Evêque de Worms au Xeme siècle en dit long sur ce que l'Eglise percevait comme « déviant »:
Accouplement comme les chiens: dix jours de pénitence
Pendant les règles: dix jours de pénitence
Avec une religieuse: 40jours de pénitence
Fornication seule: dix jours de pénitence
Comme un sodomite: dix ans
Avec des animaux: 40 jours si tu es célibataire, 10 ans si tu es marié et 15 ans si c'est une habitude.
Je rappelle que la pénitence, c'est au pain sec et à l'eau. Si la pratique de la prostitution était formellement interdite aux religieuses, son recours pour les célibataires était jugé excusable, puisque la masturbation était interdite, accrédité de fornication qualifiée.

3) Rôle social de la prostitution
Si le Moyen Age est un tournant des mentalités où le corps devient « honni », il n'en reste pas moins pragmatique. La chasteté reste l'idéal spirituel et les pulsions charnelles sont réprimées.
Si pour l'Eglise, les prostituées sont des femmes perdues, l'Edit de Saint Louis de 1226 a entraîné une « vague » de viols et de protestations. Elle ne pouvait donc que l'encadrer et la réglementer.
De plus, elles servaient à lutter contre ce qui était jugé comme un fléau: la sodomie. Pour mémoire, à Venise, on brûlait 8 à 10 sodomites par an (pour leur apprendre à vivre et à mourir).

4) Les tarifs
Les actes prostitutionnels étaient libres, reposant sur un contrat librement consenti entre l’homme et la femme. Mais il ne faut pas oublier que l’essentiel des rangs de la prostitution était constituée de femmes contraintes, donc la gestion des « prix » leur échappait.

V- ETRE UNE PROSTITUEE AU MOYEN AGE


1) Le glissement
La plupart des femmes se livrent d'abord de temps à autre à la prostitution, poussées plus ou moins par un compagnon. Comme on l'a dit précédemment, elles pouvaient aussi être violées et mériter ainsi le surnoms de « ribaudes » qui leur rendra impossible tout mariage. Elles se retrouvaient comme chambrières ou travaillaient dans des étuves jusqu'à l'age de 28 ans en moyenne. Elles finissaient dans une maison de tolérance lorsque leur beauté s'est fanée.
Quelques filles « grimpaient » la hiérarchie et devenaient tenancières, D'autres trouvaient refuge dans une fondation religieuse de repentance.
Néanmoins, elles pouvaient aussi bien leur existence dans la misère.
Certaines parvenaient à se réinsérer dans la société en se mariant avec des compagnons, mais le plus souvent en changeant de lieu.

2) Les réglementations
Nombre de réglementations municipales mettaient en place des restrictions aux libertés des prostituées (déplacements, fréquentations, et les habits). Elles fixaient aussi les jours et les heures de fermeture obligatoire des maisons.
Ainsi, elle imposait un cadre temporel d’activité. La période des fêtes religieuses excluait formellement le commerce de la chair. A carême débutait le temps du repos pour les bordels publics. Samedi et dimanche restaient des jours autorisés. Cependant, les « abbesses » devaient interdire les rapports durant les offices religieux.
Enfin, comme nous l’avons déjà vu, les règlements imposaient les lieux.

3) Les tenues
Leurs vêtements devaient les distinguer, les séparer physiquement des autres femmes dites « honnêtes ». En effet, le contact avec une prostituée était jugé abominable. Les marques de cette infamie variaient en fonction des villes et des réglementations.
En Avignon et à Dijon, elles devaient porter un large brassard blanc (large comme une main). A Toulouse, elles devaient coudre des rubans blancs à leur bonnet.
Dans certaines villes, on les obligeait à rester tête nue à une époque où il était évidemment mal vu pour une femme de sortir ainsi.
De plus, il leur était interdit d’agrémenter leurs tenues de certains ornements, comme de la fourrure, de la broderie des perles ou des boutons dorés (Paris). Il ne fallait pas qu’il puisse y avoir confusion entre les Dames et les Filles de joie. Pour cette raison entre autre, la liste des proscriptions vestimentaires ne cesse de croître. A partir de 1446, toute manche renversée, ceintures d’argent ou fourrures de vair sont interdites. Puis, déambuler avec un livre à la main devint objet de poursuite ( ???).

4) Les lieux dans la ville
Les prostituées étaient souvent maintenues dans certains quartiers de la ville, dans les ruelles principalement, comme à Paris dans la "rue de la Huchette", la "rue Froimon", "rue du Renard-Saint-Merri", petite rue près de l'Eglise Saint Merri , communiquant avec la rue "Taille pain" et la rue "Brise - Miches", aux abords de la "Rue Saint Antoine" et de la "rue du Temple", rue "Champ - Fleury" près du Louvres, rue "Gratte-cul", aujourd'hui (rue Dussoubs), rue "Tire-Boudin" ( rue Marie Stuart) et autres quartiers désignés où les femmes publiques étaient tenues d'habiter, les artères principales leurs étant strictement interdites. A Florence, vers 1430, on comptait 70 prostituées publiques.
La prostitution occasionnelle ou secrète échappait à toute évaluation.


Conclusion
Les salaires féminins étaient faibles. Pour survivre, des ouvrières avaient recours, au moins occasionnellement, à la prostitution. L'âge moyen des prostituées met en lumière les étapes de leur carrière. Les filles secrètes ont 17 ans, les chambrières d'étuves une vingtaine d'années, les pensionnaires de bordel environ 28 ans.

BIBLIOGRAPHIE


Les sites
www.helmous.club.fr
www.medieval.mrugala.net
www.idee-k.com
wikipédia

Articles
J. ROSSIAUD, « Au Moyen Age à chaque ville son bordel », L'Histoire, 264, Avril 2002.
SEVERINE FARGETTE, « La prostitution », Historia thématique, N° 102, 01/07/2006, P34
Bruno Laurioux, Jacques Poumarède, Mireille Vincent-Cassy, Didier Lett, Laurent Mayali, Anita Guerreau-Jalabert, Robert Fossier, Claude Gauvard, Corinne Leveleux, Simone Roux, Jacques Rossiaud, Nicolas Offenstadt, Jean-Michel Counet, Valérie Toureille, Dominique Iogna-Prat, « Le Moyen Âge de A à Z », Historia Thématique, 01/09/2002, N° 079, P6

Livres
Jacques LEGOFF et Nicolas TRUONG, « Une histoire du corps au Moyen Age », Editions Liane Levy, 2003.
Jean VERDON, « La nuit au Moyen Age », Editions Perrin, Collection Pluriel, 1994.
H BRESC, JP CUVILLIER, R FOSSIER, P GUISCHARD, P TOUBERT, « La Famille au Moyen Age », Editions Complexe, Collection Historique, 1986

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Published by Kalysto - dans Culture
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commentaires

BlackRose 03/09/2007 14:16

Franchement très interessant.On voit la recherche longue et douloureuse :p